Giorgia Lombardi

Giorgia Lombardi

I am from Italy and passionate about uncovering the stories hidden in history, traditions, and everyday life. I especially love exploring Korean culture, from its rich heritage and local stories to the ways traditions still shape daily life today.

Carving Between Worlds: Deborah and Choi Yoonsook on Marble, Identity and Cultural Belonging

La sculpture entre deux mondes : Deborah et Choi Yoonsook sur le marbre, l'identité et l'appartenance culturelle

Daebak Interns

À Pietrasanta, sous l'ombre gris-blanc des Alpes Apuanes, la poussière de marbre flotte dans l'air comme une sorte de chute de neige. Des sculpteurs du monde entier viennent ici pour ses carrières, ses siècles de savoir-faire et le rythme tranquille qui entoure la pierre. C'est dans ce coin de la Toscane que les chemins de Deborah, traductrice et étudiante en langue coréenne, et de la sculptrice Choi Yoonsook se croisent.

Ego -6M par Choi Yoon Sook
Un atelier entre les langues et la pierre

Deborah étudie le coréen via l'Online King Sejong Institute, mais depuis l'été 2024, elle troque les livres contre les ciseaux. À Pietrasanta, elle assiste des sculpteurs coréens travaillant dans des ateliers italiens, en les aidant avec la traduction, la coordination quotidienne et l'authentification des œuvres d'art. L'une d'entre elles est Choi, discrète, observatrice et totalement absorbée par son travail.

Entre le bruit des machines et les pauses de traduction, Deborah a constaté que la communication se faisait souvent sans mots. « Travailler ici, m'a fait réaliser que la culture n'est pas seulement dans la langue », dit-elle. « Elle est dans la manière dont on touche le matériau, dont on façonne le silence en forme. »

Choi Yoonsook : sculpter entre deux mondes

 Choi explique que ce qui l'a d'abord amenée en Italie, c'est le marbre lui-même. En Corée, elle travaillait principalement le bois et l'argile, mais le marbre avait une présence différente, dense, patiente, vivante. Cette curiosité matérielle est devenue la raison pour laquelle elle est restée.

Visage par Choi Yoon Sook

La vie et le travail ici n'ont pas toujours été simples. Elle évoque la difficulté de déplacer de grandes œuvres, le coût des expositions, le rythme lent du monde de l'art. « Bien des fois, le problème, c'est le mouvement, l'argent… même si quelque chose fonctionne, c'est difficile. J'ai beaucoup essayé, j'ai voyagé, j'ai présenté, mais ce n'est toujours pas facile », dit-elle avec un petit sourire.

Pourtant, elle reste. Ses sculptures allient retenue et tension, un équilibre entre la sensibilité coréenne et l'artisanat italien. Les formes sont précises, les surfaces calmes, les vides délibérés. À travers elles, elle poursuit un dialogue entre les deux cultures qui façonnent sa vie.

Deborah : traduire au-delà des mots

Deborah a grandi en Italie mais a été attirée par la structure et la profondeur de la langue coréenne. Traduire pour des artistes comme Choi lui a appris que l'art et le langage fonctionnent de manière similaire, tous deux exigeant patience et respect du silence.

Elle dit que les modes d'expression italiens et coréens diffèrent profondément. « L'art italien exprime souvent l'émotion ouvertement », explique-t-elle. « L'art coréen garde l'émotion à l'intérieur, elle est là, mais plus discrète. » Le travail de Choi, quelque part entre ces deux mondes, reflète magnifiquement cette tension.

Le matériau comme mémoire

Pour les deux femmes, le marbre représente plus qu'un matériau, c'est la permanence. Deborah note que contrairement à l'argile, le marbre n'oublie pas. Chaque décision reste visible. Choi est d'accord pour dire que le marbre enseigne la discipline et l'humilité. Il demande à l'artiste de ralentir, de laisser la forme émerger naturellement.

Farfalla -II par Choi Yoon Sook

Ses sculptures ne s'annoncent pas. Elles invitent à l'immobilité. Les surfaces lisses, semblables à la peau, et les vides soigneusement façonnés, font écho à la fois au sens coréen de l'espace et à la tradition italienne de la forme.

Là où les cultures se rencontrent

L'histoire de Choi et Deborah n'est pas celle du contraste, mais d'une coexistence tranquille. À Pietrasanta, le lien entre la Corée et l'Italie n'est pas façonné par la théorie ou les mots ; il vit dans le travail quotidien : soulever, poncer, nettoyer, et les petits gestes qui passent entre eux. L'échange se fait par la répétition, par l'effort de comprendre sans toujours parler. Une sculptrice coréenne taillant du marbre italien, une étudiante italienne écrivant en coréen, toutes deux apprenant l'une de l'autre. Au final, ce qui reste n'est pas la différence mais la continuité, lentement formée dans la pierre et le temps partagé.

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